Cette article est de la catégorie Services et du dossier Identity Management

"Aucun pays ne peut réussir en s'isolant"

Lors d'une interview sur le projet international ELIXIR, nous avons appris comment la recherche fonctionne au-delà des frontières nationales.

Publié le 03.09.2015

De plus en plus, la recherche implique des équipes réparties sur le monde entier. L'accès aux documents au-delà des frontières est ainsi essentiel, ce qui signifie qu'authentification et autorisation doivent fonctionner au niveau international.
Nous nous sommes entretenus avec Tommi Nyrönen d'ELIXIR Finlande (voir encadré), qui a exposé la nécessité cruciale, pour la recherche internationale, de pouvoir accéder à des fichiers au-delà des frontières nationales.

Sur quoi les scientifiques du vivant travaillent-ils au moyen de l'infrastructure ELIXIR?
Tommi Nyrönen:
En Finlande, notre point nodal situé au CSC-IT Center for Science coopère avec des organisations locales qui font par exemple des études du cancer au niveau moléculaire, du diagnostic génétique de chiens et chevaux, et de la recherche fondamentale sur le génome du bouleau.

Quels sont les principaux défis que vous avez à relever dans le projet ELIXIR?
La quantité de données produite par la recherche de ce type est un défi, mais exige également beaucoup au niveau de l'expérience Les données créées doivent etre annotées et structurées conformément aux normes internationales et partagées avec d'autres pays.

Certaines maladies rares dues à une variation génétique doivent être placées dans un contexte plus large de données de référence avant de pouvoir être diagnostiquées correctement.

Quelles sont les particularités du travail sur un projet paneuropéen?
Il s'agit de défis qu'aucun pays ne pourrait relever à lui seul. L'écosystème des sciences du vivant est mondial. L'application de la génétique dans le domaine de la santé avance à un rythme accéléré dans la mesure où le public commence à en envisager les possibilités à la lumière d'exemples concrets. Certaines maladies rares dues à une variation génétique doivent être placées dans un contexte plus large de données de référence avant de pouvoir être diagnostiquées correctement. Les médecins tentent de diagnostiquer la cause de ces maladies, et ils pourront optimiser les traitements si on leur fournit des données au niveau moléculaire. C'est là un véritable défi. Comment pouvons-nous mettre les données à la disposition de la recherche online afin de créer des services qui puissent être compris de ceux qui en ont besoin, et quand ils en ont besoin? Une fois qu'un service a été créé en se fondant sur les données, comment maintenir la cohésion de l'infrastructure distribuée de manière que les opérateurs critiques comme les prestataires de soins puissent se fonder sur elle? Ces types de défis montrent ce que des points nodaux ELIXIR comme CSC doivent réaliser dans le cadre d'ELIXIR en collaboration avec l'e-infrastructure européenne.

Comment coopérez-vous avec GÉANT au CSC-IT Center for Science pour arriver à bout de ces défis?
Les volumes de données de recherche doivent pouvoir se déplacer de manière continue sur le continent. Les données de référence de variation génétique humaine représentent à elles seules des centaines de téraoctets. Les données créées et publiées doivent etre partagées et canalisées efficacement à nouveau vers la recherche. A côté de cela, ELIXIR fournit des jeux de données qui décrivent d'autres animaux, insectes, plantes, bactéries, virus et toutes les autres formes de vie existant sur la planète. Les volumes font plus que doubler chaque année. C'est ici que GÉANT et les gestionnaires nationaux de réseaux de recherche et de formation jouent un rôle clé dans l'infrastructure. Le but est d'apporter le traitement online des données biologiques aux chercheurs où et quand ils en ont besoin. Ainsi, nous pourrons finalement créer des applications biotechnologiques. En facilitant la découverte de données de recherche présente aux centres de données ELIXIR, ont pourra aussi réaliser des économies en évitant des doubles emplois dans la recherche fondamentale.

Le but est d'apporter le traitement online des données biologiques aux chercheurs où et quand ils en ont besoin.

Quel est le rôle joué par eduGAIN dans les efforts d'ELIXIR en vue d'assister les scientifiques du vivant?
La plupart des données produites par la recherche publique sont partagées sur Internet. Dans certains cas cependant, les données doivent être protégées au moins pour un certain temps pour des raisons éthiques, juridiques, sociétales ou commerciales. Dans de tels cas, les fournisseurs de services informatiques qui hébergent, distribuent et partagent ces données doivent installer un mécanisme de contrôle d'accès. Dans le cas d'ELIXIR, il est prévu d'implémenter ceci avec les corporations disposant de l'autorité d'accorder l'accès sur la base, par exemple, de l'acceptation des conditions d'utilisation. Dans le cas typique, il s'agit de celles qui ont créé les données à l'origine comme les chefs de projets-cadres UE ou cohortes d'échantillons de biobanque. Etant donné qu'eduGAIN est un candidat potentiel en vue de fournir un système à signature unique pour les services de la communauté biomédicale qui nécessite un login, nous avons décidé de faire confiance à ce réseau européen existant et reconnu, ceci en vue d'identifier d'abord électroniquement les chercheurs qui ont besoin, pour leur travail, d'une fiche de données à accès contrôlé. Une fois que le niveau correct d'assurance concernant l'identité est atteint, les comités d'accès aux données peuvent traiter les demandes selon les règles applicables aux données protégées au moyen d'outils fournis par ELIXIR.

A votre avis, quel devrait être à l'avenir le rôle d'eduGAIN pour la recherche?

Je pense que les efforts entrepris par eduGAIN et GÉANT pour faciliter la tâche aux utilisateurs ont joué un rôle essentiel pour faire avancer le travail sur les défis posés par l'infrastructure des données des sciences du vivant. Pour les données ouvertes mais sensibles en particulier, nous devons offrir un niveau de sécurité garantissant que les usagers ayant accès aux données sont des chercheurs reconnus. Les communautés scientifiques ont des points de départ différents quant à l'implémentation de technologies de gestion d'identité fédérée. Une attitude proactive de la part du fournisseur eduGAIN en vue de comprendre les besoins de la communauté des sciences du vivant est hautement souhaitable, et vice-versa; la communauté des sciences du vivant doit apprendre ce qu'elle est en droit d'attendre d'eduGAIN.

Le présent article est basé sur l'interview de Paul Maurice avec Tommi Nyrönen, parue au numéro de mai 2014 du magazine CONNECT. SWITCH l'a légèrement adapté avec l'assentiment de Nyrönen. CONNECT est publié par le réseau de recherche européen GÉANT.
Cet article a paru au Journal SWITCH octobre 2015.

Tommi Nyrönen@ELIXIR

Tommi Nyrönen est responsable du point nodal finlandais d'ELIXIR, un projet d'infrastructure de recherche en sciences du vivant englobant des laboratoires de 17 pays européens et le European Molecular Biology Laboratory (EMBL). ELIXIR fournit des services qui aident à gérer les volumes énormes de données générées par la recherche en sciences du vivant. Nyrönen travaille au CSC, centre informatique pour la science en Finlande.

eduGAIN

eduGAIN est une infrastructure inter fédération interconnectant plus de 30 infrastructures AAI nationales du monde entier. La fédération SWITCHaai a été un des premiers membres d'eduGAIN. L'appartenance à eduGAIN permet aux usagers suisses d'AAI d'accéder à des données et services dans d'autres fédérations AAI nationales. En même temps, les services AAI suisses peuvent proposer aux membres et chercheurs des universités d'autres pays un accès sûr et fiable via eduGAIN. eduGAIN facilite la collaboration transnationale, ce qui peut surtout profiter à de grands projets internationaux de recherche.

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