Façonner l’avenir d’Internet

Depuis les débuts d’Internet, l’évolution des protocoles réseau et des technologies connexes est étroitement liée au milieu de la recherche. SWITCH perpétue cette tradition en soutenant des projets de recherche dans le domaine des réseaux.

Texte: Alexander Gall, publié le 30.09.2019

Voici un exemple majeur de l’influence des milieux de la recherche sur la conception des protocoles fondamentaux: en 1988, Van Jacobson, qui travaille alors au Laboratoire national Lawrence-Berkeley (LBNL), identifie et corrige une faille critique dans l’algorithme de contrôle de congestion TCP. Cette faille avait auparavant causé plusieurs ruptures sur la plupart des secteurs de l’Internet d’alors [1]. En appliquant un raisonnement scientifique et des éléments de théorie du contrôle, il proposa quelques améliorations simples du code TCP/IP qui permirent de réduire le débit des transmissions de données à un stade précoce de la congestion, de façon à éviter une rupture totale et permanente de l’intégralité du réseau. Son algorithme fait toujours partie du fonctionnement de l’Internet actuel.

Synergie entre recherche et réalité

La recherche dans le domaine des réseaux de communication est devenue depuis longtemps une discipline à part entière qui compte beaucoup de sous-disciplines et donne lieu à de nombreux articles scientifiques. Il y a une forte demande portant sur l’amélioration des protocoles, la correction des défauts constatés ou sur une nouvelle conception du noyau d’Internet lui-même. Dès lors, l’un des défis consiste à combler le fossé entre la recherche pure et la réalité opérationnelle. En effet, le réseau actuel doit être essentiellement construit, configuré et exploité en suivant des principes de rentabilité, de fiabilité et de gérabilité dans des environnements commerciaux complexes.

Créée à l’époque d’un Internet orienté vers la recherche, SWITCH a une longue tradition de collaboration académique nationale et internationale. Ainsi, nous considérons que partager l’information qui concerne notre réseau et soutenir des projets en donnant par exemple un aperçu de nos activités quotidiennes est une part importante de notre mission. 

En effet, il existe un risque que les chercheurs deviennent victimes du syndrome de la tour d’ivoire: ils peuvent être tentés de travailler à résoudre des problèmes qui sont intéressants du point de vue technique mais qui n’ont que peu de pertinence pratique. Ils peuvent aussi partir d’hypothèses qui ne correspondent aux caractéristiques réelles du réseau, ses modèles de trafic, sa topologie ou ses politiques de routage. Dans ce contexte, SWITCH apporte de précieuses données empiriques provenant d’un réseau bien réel, et offre son expérience de gestion d’un système autonome dans une infrastructure globale de routage. 

En retour, SWITCH peut tirer avantage des chercheurs, par exemple en acquérant de nouveaux points de vue sur son propre réseau grâce aux dernières méthodes d’analyse des données.

Ce que nous offre l’avenir

Deux projets récents témoignent du succès de telles interactions. Le groupe Systèmes en réseau de l’ETH Zurich, dirigé par Laurent Vanbever, travaille entre autres sur un système permettant de prédire le comportement du réseau en transmettant les configurations des routeurs et l’état du système en fonctionnement. Il permet à l’opérateur de poser des questions au sujet de son réseau en langage naturel. Un tel outil améliore considérablement la capacité d’un opérateur à comprendre, améliorer et gérer son réseau.

Le deuxième projet est issu de l’Institut de sécurité informatique, de l’ETH Zurich également. Adrian Perrig et son équipe élaborent un nouveau protocole de routage interdomaine qui fournit aux systèmes terminaux un contrôle sur les chemins réseau afin de protéger les utilisateurs contre les erreurs de routage, accidentelles ou malveillantes. Des services additionnels incluent l’utilisation simultanée de différents chemins, des déviations rapides et une optimisation dynamique du trafic. SWITCH fait partie du banc d’essai pour évaluer ce nouveau protocole dans un environnement semi-productif.

En collaborant, en apprenant du passé et en accueillant de nouvelles idées et de nouveaux concepts, nous pouvons contribuer à façonner l’avenir d’Internet.

[1] SIGCOMM '88 Symposium proceedings on Communications architectures and protocols, pages 314-329

L'auteur
Alexander   Gall

Alexander Gall

Après des études de physique et des recherches à l'Université de Berne, Alexander Gall rejoint SWITCH en 1999. Il fait partie de l'équipe Network depuis 2000.

E-mail
Autres articles