Savoir débrancher de temps à autre

L’industrie 4.0 promet la mise en réseau totale des produits, processus et systèmes. Les nouvelles technologies placent les machines au premier plan et parfois l’intelligence artificielle dépasse déjà l’intelligence humaine. La «révolution numérique» changera sans doute considérablement notre quotidien et enrichira l’humanité. Mais le réseautage interpersonnel, l’échange mutuel et le développement commun d’idées nous enrichissent tout autant: d’une personne à l’autre, en face à face.

Texte: Anna Kuhn, publié le 27.03.2018

Le réseautage interpersonnel est essentiel, surtout au travail. Dans l’équipe juridique de SWITCH aussi. Notre adhésion à CENTR, l’association des bureaux d’enregistrement européens de noms de domaine de premier niveau national (qui comprennent par exemple .ch pour la Suisse ou .de pour l’Allemagne) en est un exemple. Le CENTR Legal and Regulatory Meeting a lieu pour les juristes trois fois par an. L’échange avec les avocats d’autres registres crée des liens de confiance et permet d’avancer vers de nouveaux horizons.

Lors de chacune de ces réunions, j’apprends plus qu’en étudiant des œuvres juridiques pendant des semaines. Petite anecdote de la dernière réunion à Oxford: le sujet principal portait sur la protection des données et la mise en œuvre du nouveau règlement général de l’UE sur la protection des données (RGPD). Le «WHOIS», qui n’est plus autorisé sous sa forme actuelle selon le RGPD, a été vivement discuté. Le WHOIS permet à toute personne intéressée d’obtenir en temps réel des informations sur les détenteurs de noms de domaine (p. ex. nom et adresse). SWITCH n’est toutefois pas tenue d’adapter sa base de données WHOIS car, en tant que société d’un pays tiers, nous n’avons pas à mettre en œuvre le droit européen de la même manière et une particularité du droit suisse permet la publication des données. Je ne vous ennuierai pas avec une argumentation juridique mais je l’ai défendu à Oxford et j’ai d’abord reçu de vives critiques. Au dîner aussi, on m’a harcelée de questions. A la fin, une vingtaine de participants se sont réunis autour de ma table et la discussion a abouti à un débat ouvert sur le nouveau RGPD. Chacun annonçait sa stratégie de mise en œuvre, critiquait, posait des questions et partageait ses incertitudes. Non pas pour avoir raison, mais pour souligner les risques et trouver un consensus. Tous étaient fatigués du voyage et de la réunion, mais nous avons discuté jusque tard dans la nuit.

 

A un moment donné, une avocate finlandaise m’a dit: «Anna, c’est la partie la plus importante de la réunion. Malgré tous les livres et conférences sur la protection des données, c’est maintenant avec ces experts qu’on profite le plus!» En plein dans le mille! J’avais une ribambelle d’avocats hautement qualifiés autour de moi. Ce qui autrement m’aurait demandé beaucoup de temps ou des rapports d’experts coûteux, me fut servi ici dans une ambiance familiale sur un plateau d’argent. Lors de notre discussion nocturne, nous n’avons pas trouvé de solutions à tous les problèmes juridiques, mais à beaucoup. En rentrant chez moi le lendemain, je me suis sentie encouragée dans notre argumentation concernant le WHOIS, qui a été examinée de manière critique mais qui a finalement tenu le coup. Mieux encore: j’avais le sentiment de pouvoir compter sur un soutien professionnel dans un environnement familier. Et avec la certitude de pouvoir me fier à cette aide, car nous sommes dans le même bateau et tirons sur la même corde. Aussi intelligente qu’une machine puisse être, elle ne remplacera jamais cette sensation. Il sera toujours important de débrancher la prise par moments.

L'auteur
Anna   Kuhn

Anna Kuhn

Anna Kuhn travaille depuis mai 2017 comme conseillère juridique pour SWITCH. Elle a étudié le droit à l’Université de Zurich et obtenu son brevet d’avocate en Suisse. Avant de rejoindre SWITCH, elle a travaillé au sein d’un cabinet d’avocats spécialisé en droit commercial à Zurich et auprès d'un Tribunal de district du canton d’Argovie.

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